Aquarium, David Vann

Couverture de Aquarium, de David Vann
"Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et c'est ce monde-là qu'on connaît ensuite, pour toujours. C'est le seul monde. On est incapable de voir à quoi d'autre il pourrait ressembler."

"La fin, aussi, de l’amour simple et entier envers ma mère. Les limites de mon propre pardon" 
 
"Le pire, dans l’enfance, c’est de ne pas savoir que les mauvais moments ont une fin, que le temps passe. Un instant terrible pour un enfant plane avec une sorte d’éternité, insoutenable. La colère de ma mère s’étirait à l’infini, une rage à laquelle nous n’échapperions jamais."  

J'ai découvert cet auteur avec Sukkwan Island (lisez-le!). En attendant de lire son nouveau roman, je suis tombée sur celui-ci par hasard, et je me suis empressée de le mettre sur ma liseuse.

Débâcle, Lize Spit

Couverture de Débâcle, Lize Spit
"Il est revenu armé d'un sachet de krupuk et d'un saint Nicolas miniature en chocolat. Le paquet de chips aux crevettes a fini sur ses genoux, la figurine sur les miens. J'ai directement croqué la tête du saint homme, histoire d'abréger ses souffrances- c'est comme ça que faisait Tessie : "Ceux qui commencent par les pieds, on voit tout de suite que c'est des sadiques."

"Est-ce qu'il existait un mot pour exprimer ce qu'elle était devenue ? Un nom comme veuve ou orpheline, mais réservé aux mères ayant perdu un enfant ? Et le fait qu'il n'y en ait pas, est-ce que c'était une consolation ou au contraire une chose qui transformait le chagrin en un animal féroce et indomptable ?"

Je suis tombée sur ce livre un peu par hasard sur Instagram. C'est bien sûr avant tout cette couverture terriblement dérangeante qui m'a poussé à lire le résumé. 

Serre-moi fort, Claire Favan

Couverture de Serre-moi fort, Claire Favan
"Tout ça est tellement injuste ! Ma sœur a disparu, mais au fond, c'est moi qui suis mort. Me vient une brusque envie de cracher ma haine à la face du monde, de maudire la pitié hypocrite des voisins, de réveiller mon père et ma mère à coups de pied. "

 "Je me demande parfois si mes parents seraient aussi malheureux si c'était moi le disparu..."

"Je ne suis pas comme tous ces tueurs en série inadaptés qui vivent en marge de la société avec une étiquette de frappadingue plantée au milieu du front. Je ne vis pas isolé, j'ai des amis, des voisins qui pensent que je suis un gars serviable. Je suis quelqu'un de tout à fait fréquentable. J'ai des rapports normaux avec les femmes. J'aime leur donner du plaisir. Je n'ai aucune pulsion violente ou de problème d'impuissance quand je suis avec une fille. Oui, tout va bien... "

Me voilà à nouveau avec un policier bien noir et bien glauque comme je les aime, et une auteur que je ne connaissais pas encore, Claire Favan. Avec ce roman, elle s'est hissée dans les premières places de ma listes des auteurs à suivre (liste purement théorique évidemment, car je n'arrive jamais à lire tous les livres qui s'y trouvent). 

Derrière les portes, B. A. Paris

"Dans la mesure où il était capable de me duper, de m’amener à oublier, même pendant quelques secondes, ce qu’il m’avait révélé de lui, comment allais-je parvenir à convaincre les autres qu’il était un loup déguisé en agneau ?"

Après mes déceptions de ce début d'année, j'avais besoin d'un livre facile d'accès, vite lu et prenant. Je n'avais qu'une envie, me laisser simplement porter par une histoire, sans me poser trop de questions.Ce fut chose faite grâce à ce thriller, qui certes ne brille pas par un style incroyable et ne révolutionne aucunement le genre, mais qui a le mérite de réunir en 300 pages les conditions ci-dessus.

Le couple formé par Grace et Jack renvoie à son entourage l'image agaçante de la réussite à tous les niveaux : Jack est un mari merveilleux, attentionné et fou amoureux de sa jolie épouse, docile femme au foyer et très fine cuisinière, qui semble elle aussi très éprise. Il est également très attentionné avec Millie, la sœur trisomique de Grace, qu'ils accueilleront chez eux lorsqu'elle quittera son école spécialisé, d'ici quelques mois. Ils habitent une grande et belle maison, voyagent dans des destinations de rêves... Tout cela à peine un an après leur première rencontre. Si leur vie était un fil Instagram, vous pâliriez d'envie face à ces images de félicité et d'accomplissement, en vous disant "mais ils ont la vie que je veux!". Mais rassurez-vous, là aussi, tout cela est trop beau pour être vrai et on comprend assez vite que derrière les portes, on ne joue pas la mélodie du bonheur et que les sourires ne sont que façade.

La fin des idoles, Nicolas Gaudemet

Couverture de La fin des idoles, de Nicolas Gaudemet
"Le déclin religieux, relatif, n'était souvent dû qu'à l'application de méthodes concurrentes, tel le capitalisme consumériste et narcissique qui consumait l'occident, plutôt qu'à une réelle émancipation de la pensée."

"La vie moderne était saturée de sollicitations médiatiques aussi impossibles à éviter que la pollution de l’air. Dans ce monde excitant le désir en permanence, l’objectif était bien de trouver comment y résister malgré les stimuli incessants..."

"Ainsi s'opérait la mue imperceptible et pourtant schizophrénique du désir, depuis l'adolescence languide jusqu'au monde du travail : éternellement ciselé par un orfèvre implacable - le regard des autres."

Décidément, ce mois-ci, on ne peut pas dire que ce sont mes lectures qui m'auront aidé à combattre la morosité ambiante... Après un avis en demi-teinte pour "Une vie comme les autres", je pensais retrouver un nouvel élan avec "La fin des idoles", reçu grâce à l'opération Masse critique de Babelio. Et bien j'ai vite déchanté, et je dois avouer que si je ne m'étais pas sentie obligée, je n'aurais pas pris la peine de terminer ce roman. Je suis peut-être passée à côté de quelque chose, car les critiques que j'ai pu lire ça et là ne sont pas si mauvaises. Mais cette histoire de guéguerre entre la psychanalyse et la neuroscience n'aura pas réussi à me captiver.