lundi 24 juillet 2017

L'adoption 1 et 2, Zidrou et Arno Monin

Couverture de "L'adoption, tome 1"Couverture de "L'adoption, tome 2"


Dans le cadre de mon métier, je suis amenée à faire des achats de bandes dessinées. J'en lis trop rarement à mon goût, non par manque d'intérêt mais par manque de temps. Ces achats sont donc pour moi l'occasion de belles découvertes, principalement dans le secteur de la BD adultes. 

Lors de ma dernière session d'achats, je me suis laissée tenter par "L'adoption", sur les conseils du libraire. 

Il s'agit de l'histoire, en deux volumes, de Qinaya, petite fille péruvienne de 4 ans adoptée par un couple français. Elle doit trouver sa place dans cette nouvelle famille et ce nouveau pays dont elle ne maîtrise ni la langue ni les coutumes. Mais c'est aussi et surtout l'histoire de Gabriel, grand-père bourru, plutôt désemparé face à ce petit bout de chou. Peu à peu l'un et l'autre vont s'apprivoiser et Gabriel ne va pas tarder à se transformer en papy gâteau. 



Je pensais que le scénario s'en tiendrait à cela : un vieil homme bougon qui se découvre un cœur tout mou face à ce petit rayon de soleil. Traitée avec sensibilité et douceur, la relation entre Gabriel et Qinaya se construit tout au long du premier volume. J'ai beaucoup aimé les dessins, tantôt drôles, tantôt touchants, et j'ai fondu devant les mimiques adorables de cette petite fille. Mais voilà, toutes les histoires ne connaissent pas un happy end et on achève le premier tome les larmes aux yeux. On est soulagé de lire "à suivre", plein d'espoir de voir les choses s'arranger. 

Espoir qui s'éteint bien vite, dès les premières pages du 2ème tome. Plus sombre, il est centré sur la quête de Gabriel. Une quête intérieure, pour trouver la force de continuer, d'accepter et de pardonner. Un voyage au Pérou où rien ne se passera comme il l'aurait voulu, où les désillusions se succèdent, mais qui lui permettra de se reconstruire pour mieux se retrouver et retrouver les siens. 

Cette bande dessinée m'a prise aux tripes et m'a beaucoup remuée. Je sens les larmes monter rien qu'en y repensant. J'avoue avoir été déroutée par la tournure qu'a pris l'histoire. J'espérais une fin heureuse. Mais c'est finalement cette fin à l'opposé de mes attentes qui en fait toute la qualité et tout le charme. Une bande dessinée tendre et émouvante, qui parvient à traiter de thématiques graves avec beaucoup de subtilité et sans tomber dans le pathos. 

mardi 18 juillet 2017

Au fond de l'eau - Paula Hawkins

Couverture de "Au fond de l'eau", de Paula HawkinsGrande consommatrice de polars, je me tourne souvent vers ce genre quand je suis en manque d'inspiration dans mes lectures. Il m'arrive même de ne lire que ça pendant une longue période. 
J'avais vraiment beaucoup aimé "La fille du train" à sa sortie (dont je viens d'ailleurs de visionner le film hier soir), ce fut une belle surprise de découvrir la sortie du nouveau livre de Paula Hawkins. 

Au fond de l'eau, il y a des femmes. Maudites, détestées, incomprises, torturées, assassinées ou suicidées. Mais qu'est-ce qui les poussent, depuis des décennies, à se jeter dans ce Bassin aux Noyées, qui fait la légende du petit village de Beckford? Lorsque Nel y est retrouvée noyée, sa sœur Jules est contrainte de revenir dans le village de son enfance, pour l'enterrer. Forcée de se confronter aux démons de son passé et à l'hostilité de sa nièce désormais orpheline, Jules se retrouve également au cœur de l'enquête mise en place pour résoudre le mystère de la mort de sa sœur.   

Paula Hawkins s'avère très douée pour créer des personnages tout en finesse et en contraste. Chacun a sa propre histoire, qui lui confère complexité et crédibilité. Comme dans son précédent livre, les femmes sont à l'honneur : originales, marginales, victimes ou dérangeantes, quelque soit leur tempérament, l'auteur semble éprouver une réelle empathie pour ses héroïnes. Et les hommes ? Ils ne sont pas en reste non plus, souvent cruels, lâches et misogynes. Mais on ne se cantonne pas à la dichotomie victimes féminines versus bourreaux masculins. Tout comme dans "La fille du train", les femmes reprennent le dessus et c'est à travers elles que la vérité éclatera. 
L'enquête policière est captivante, mais face à la richesse de ces personnages, elle passerait presque au second plan. Je me suis surprise plusieurs fois à lire rapidement les passages centrés sur le travail des enquêteurs pour m'attarder plus longuement sur ceux traitant du passé ou des relations entre les protagonistes.

Le premier roman évoluait au rythme des voyages en train. C'est ici le cours de la rivière, omniprésente et envoûtante, qui nous emporte dans l'histoire et on se laisse ensorceler avec délice. Le rythme est plutôt lent ; l'auteur prend son temps pour créer un décor et poser une ambiance pesante, totalement au service de l'intrigue.

Il s'agit d'un roman polyphonique, ce que j'apprécie particulièrement. Cependant, les personnages sont TRÈS nombreux et j'ai mis beaucoup de temps à cerner "qui est qui" et à me souvenir du rôle de chacun. Mais on finit par se laisser emporter par l'histoire et le style très fluide.

Un thriller psychologique qui ne révolutionne pas le genre, mais Paula Hawkins nous offre ici un roman de très bonne qualité. Je vous encourage fortement à plonger dans les eaux sombres de cette intrigue bien ficelée, entre secrets enfouis, non-dits et mensonges. 

mardi 11 juillet 2017

J'ai toujours cette musique dans la tête - Agnès Martin-Lugand

Couverture de J'ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand
Parce que de temps en temps, une petite lecture "feel-good" fait, comme son nom l'indique, du bien à la tête, je me suis dernièrement plongée dans "le dernier Martin-Lugand". 

La vie de Yanis et Véra semble plutôt bien rodée pour ce couple à la quarantaine resplendissante : ils sont fous amoureux, parents de trois enfants épanouis, et propriétaires de leur bel appartement parisien. Un cliché de rêve américain à la française, avec ce couple trop parfait pour être crédible, dont la description frôle la niaiserie. Seule ombre au tableau, Yanis, architecte autodidacte, étouffe dans son poste actuel, où il travaille sous la houlette de son beau-frère Luc, architecte confirmé et frère de Véra. Lorsque l'opportunité de laisser libre cours à sa créativité se présente en la personne de Tristan, mécène providentiel et énigmatique, Yanis n'hésite pas : il démissionne et se lance à corps perdu dans le chantier de sa vie, qui devrait être le tremplin d'une brillante carrière à venir. Mais bien sûr, ce n'est que le début des ennuis, car, comme on le sait bien, "quand c'est trop beau pour être vrai c'est que... c'est trop beau pour être vrai".

Alors inutile de mentir, j'ai lu ce livre à grande vitesse et il a rempli sa mission "détente du cerveau" à la perfection. Mais le constat est décevant et sans surprise. Le dénouement est couru d'avance et les rebondissements n'en sont pas, tant ils sont prévisibles. La première partie souffre de longueurs et de répétitions inutiles, tandis que la deuxième est trop précipitée. Les personnages manquent de nuances : tous auraient pu gagner en profondeur s'ils n'avaient pas été aussi clichés. On n'échappe pas non plus à une fin manichéenne, bâclée et peu crédible.

Avec "J'ai toujours cette musique dans la tête", on nous propose tout ce l'on attend de ce genre de romans (et également tout ce qu'on peut leur reprocher). Mais à chaque fois, je ne peux m'empêcher d'espérer un peu plus de "folie" : un peu de recul et d'humour par exemple, ou du 2ème degré... Il est possible de faire de la littérature de détente, sans forcément prendre le lecteur par la main pour lui indiquer quand rire, quand pleurer et quelle leçon tirer de sa lecture, non ? À force de proposer des romans formatés pour plaire au plus grand nombre, on produit des livres bourrés de clichés, qui finissent par tous se ressembler. Combien de fois j'ai pu dire ou entendre "Ah oui, Machin Chose, j'aime bien, mais quand tu as lu un de ses livres, tu les as tous lus, c'est toujours pareil". Comme si nous, lecteurs, n'étions pas capables de penser par nous-mêmes, on nous dit, à grands renforts de procédés stylistiques grossiers, quoi ressentir et à quel moment, grâce à une belle dose de bons sentiments, propres à déclencher les émotions sur commande. On indique qui sont les bons et les méchants, en créant des personnages caricaturaux, creux et sans profondeur. Les thématiques sont abordées de manière souvent superficielle et simpliste, quelle que soit leur gravité. Sans parler du style d'écriture en lui-même, qui s'avère la plupart du temps sans originalité et très basique. 

Il n'y a pas de mal à se faire du bien et à céder à la tentation, je suis la première à le faire et j'y prends même un certain plaisir, parfois un peu coupable, parfois totalement décomplexé. Mais force est de constater que ces lectures sont en général oubliées aussi vite qu'elles ont été lues. Enfin, c'est un long débat...

Un livre à lire pour se détendre l'esprit donc, mais à éviter absolument si l'on est en quête d'une histoire et/ou d'un style non conventionnels, qui nous emmènerait hors des sentiers battus.

mardi 4 juillet 2017

Chanson pour septembre - Isabelle Lortholary

Couverture de Chanson pour septembre, Isabelle Lortholary
Tombée sur ce livre par hasard au gré de mes pérégrinations sur e-bibliomedia, j'ai été attirée par son titre évoquant pour moi la nostalgie qui, enfant, nous serre le cœur et le ventre à la fin des vacances, lorsqu'il faut reprendre le chemin de l'école et que l'on se dit que "c'est déjà fini". Je ne suis plus une enfant, pourtant je ressens toujours la même chose aujourd'hui, à chaque rentrée de septembre d'août. Même si mon enfant n'est pas en âge d'aller à l'école. Même si je n'ai plus de grandes vacances. Allez comprendre...

C'est un peu de cela dont il est question dans ce roman. Nous sommes bien à la fin de l'été en cette journée du 7 septembre 1975, dans le Sud de la France. Les vacances se terminent, les vacanciers désertent peu à peu le village pour rentrer chez eux.

Avec beaucoup de sensibilité, l'auteur a choisi de décrire cette journée particulière ainsi que ses conséquences sur le destin des personnages. Une journée de grandes révélations et de bouleversements, où fin des vacances rime avec fin de l'insouciance. A l'image de cette falaise qui surplombe le village, ce sont les attentes et les illusions de chacun qui s'effritent et menacent de s'effondrer. Ainsi, bien malgré elle, la petite Luce se retrouve confrontée à la duplicité des adultes lorsqu'elle découvre le vrai visage de son père Robert, qu'elle idolâtrait jusqu'alors. Luce et Robert donc, mais aussi Diane, à peine rentrée dans l'adolescence, Solange la boulangère commère du village, Aline l'apprentie coiffeuse, la douce et gentille Nicole, ou Irène la mère de famille délaissée : personne ne semble se sentir à sa place ; tous aspirent à quelque chose de meilleur, mais chacun devra composer avec ce que leur vie, la vraie, leur réserve. Pour chacun d'entre eux, il y aura un "avant" et un "après" été 1975.

L'auteur utilise un procédé original et dynamique pour nous faire rentrer dans la tête de ses personnages. On attrape leurs pensées au fil de leur apparition dans notre "champ de vision", au gré des mouvements d'une caméra qui se braquerait sur eux pour leur donner la parole. J'avais l'impression d'être une mouche, qui volette de l'un à l'autre, saisissant au passage leurs questionnements et leurs tourments intérieurs. On s'attendrit du regard encore naïf de Luce sur le monde qui l'entoure, on partage les angoisses de Nicole, qui sent son corps la trahir, les fantasmes hollywoodiens de Solange, les états d'âmes d'Irène, et nos pensées s'envolent en même temps que celles de Robert, vers sa maîtresse restée à Paris.

Avec sa plume délicate, Isabelle Lortholary retranscrit admirablement bien la chaleur écrasante de cette fin d'été, l'après-midi qui s'étire dans une douce torpeur, ou le désœuvrement de cette petite fille, poussée par l'ennui à braver les interdits. A travers ses mots et son style très personnel, on parvient à sentir aussi bien la douceur de ces moments que le poids des événements qui vont marquer les personnages, les éloigner ou les réunir. L'histoire de la vie en somme, décrite avec beaucoup d'humilité et d'humanité.