mardi 27 juin 2017

Cicatrice - Sara Mesa

Cicatrice - Sara MesaDésolée d'avance pour le côté un peu fouillis de cette chronique, mais voilà un roman bien dérangeant, sur lequel j'ai encore du mal à me faire un avis tranché. En le refermant, je me suis dit "mouai... bof...". Et puis, je me suis attelée à l'écriture de ce post, et après cette petite analyse mon avis est un peu plus positif.

Pour tuer le temps au travail, Sonia traîne son ennui sur les forums littéraires. Un jour, elle reçoit un message privé d'un certain Knut Hausmann, qui lui propose un marché : en échange d'une photo d'elle, il volera les livres qui lui font envie et les lui enverra. Intriguée, Sonia accepte. L'échange se met en place, les colis se font de plus en plus imposants. En parallèle, Knut et Sonia commencent une correspondance toujours plus exigeante, par mails puis par lettres. Leur marché prend peu à peu une ampleur qui dépasse Sonia. Elle tente mollement de s'éloigner de ce mystérieux Knut, mais finit toujours par céder à cet être étrange, aux mœurs bien particulières, qui tantôt la dégoûte et l'épuise, tantôt l'attire. Ce qui a commencé comme un "simple" marché prend un chemin de plus en plus malsain, où Knut révèle sa nature manipulatrice et maniaque, renforçant son emprise sur Sonia, s’immisçant toujours plus dans sa vie.

Une idée plutôt originale pour nous faire réfléchir sur les relations amoureuses virtuelles, mais également à notre rapport à la consommation et à la convoitise. "Tu le veux? je le vole et je te le donne" propose Knut à Sonia. Sans contrepartie financière (sauf les frais de port). Sans "cadeaux" en retour, si ce n'est une simple photo d'elle. Mais cet échange est-il pour autant gratuit? Fasciné par Sonia, Knut semble vouloir en faire sa "chose", sa créature, la modelant au gré de ses exigences. Non content de lui imposer ses goûts littéraires et de la former intellectuellement, il s'attelle également à son apparence, jusqu'au plus près de son intimité : aux livres s'ajoutent d'abord des parfums, qu'il lui demande de porter. Viennent ensuite des vêtements, puis des sous-vêtements et des chaussures. Toujours volés par ses soins. Persuadé que la jeune femme possède un certain talent littéraire, il lui enjoint d'écrire un livre, proposant d'être son mécène. L'échange intellectuel laisse place à une relation virtuelle érotique empreinte de fétichisme, mais terriblement froide, dans laquelle Sonia se perd : à la fois dépendante et lassée de cette relation, elle ne parvient pourtant pas vraiment à y mettre un terme. 

J'ai eu beaucoup de mal à "rentrer" dans ce roman, et un peu près autant de mal à écrire à son sujet. Aussi bien en le lisant qu'en rédigeant cette note, j'avais l'impression que quelque chose m'échappait et que je n'avais peut-être pas tout saisi... C'est un peu frustrant. Il y règne constamment une atmosphère de malaise, très pesante, ce qui n'est pas pour me déplaire. Les deux personnages, de vrais anti-héros, sont aussi agaçants l'un que l'autre, mais au final je dois avouer avoir adoré les détester et pester contre leurs réactions parfois aberrantes. Mais j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs, et certaines situations, trop répétitives, m'ont donné l'impression que l'intrigue tournait un peu en rond, me laissant un sentiment d'ennui. Au final, une lecture pas désagréable mais qui ne m'aura pas non plus emballée. Je m'arrête là, car j'ai l'impression que moi aussi je commence à tourner en rond :)

mardi 20 juin 2017

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés, Katarina Mazetti

Couverture de Petites histoires pour futurs et ex-divorcés, de Katarina Mazetti
Après mon polar abandonné en cours de route, j'ai décidé de me plonger dans un univers totalement opposé. Encore des nouvelles, qui traitent cette fois-ci de l'amour, ou plutôt de la fin de l'amour... Ce n'est pas le premier livre de Katarina Mazetti que je lis. J'avais beaucoup apprécié "Le mec de la tombe d'à côté" et sa suite, "Le caveau de famille". "Mon doudou divin" m'avait, lui, laissé un peu sur ma faim. Une agréable lecture, qui n'aura cependant pas beaucoup marqué mon esprit...

Ces 29 nouvelles nous déroulent un cortège de situations drôles, touchantes ou carrément déprimantes autour du divorce, de la séparation, du désamour  : une mère de famille qui pète un plomb au milieu de son envahissante famille recomposée, ou cette femme qui nous dresse l'inventaire des gens qui quittent sa vie suite à sa rupture. Complainte d'époux lassés l'un de l'autre ou d'un enfant, seul élève de sa classe à avoir des parents encore mariés (la honte !)... 

Pas vraiment de surprise avec ce livre : la plupart des situations sont "connues" et traitées de manière assez convenue et conventionnelle. Une lecture qui reste agréable et légère, parfaite pour bouquiner sur son balcon en picorant quelques chips et en sirotant un Spritz (en vrai je l'ai lu dans le train en allant travailler). Mais c'est un peu comme lorsque l'on regarde "Coup de foudre à Notting Hill" ou "Love actually" pour la 8ème fois : on connait le scénario par cœur, on sait comment ça finit, mais on les visionne toujours avec plaisir. Cela dit, j'aurais apprécié un peu plus d'originalité dans le déroulement de ces histoires qui avaient un air de déjà vu.

mardi 13 juin 2017

Au-delà du mal, Shane Stevens


Couverture d'Au-delà du mal, Shane StevensGrande consommatrice de polars, c'est avec beaucoup d'enthousiasme que j'ai attaqué ce roman. Mes attentes étaient d'ailleurs à la hauteur des éloges que j'avais pu lire ici et là. Écrit par Shane Stevens en 1979 mais publié en France en 2009 seulement, il s'agirait du roman fondateur du genre, une référence pour des auteurs comme Stephen King, James Ellroy ou Thomas Harris. 

Malheureusement, je ne vais pas pouvoir en dire beaucoup, car j'ai abandonné ma lecture après 200 pages. Je me suis quand même accrochée un moment, mais ce livre m'est finalement tombé des mains.
Stevens retrace de façon méthodique le parcours de Thomas Bishop, tueur en série ayant sévi aux États-Unis dans les années 70. Son père ne serait autre que Caryl Chessman, serial killer bien réel, condamné à mort en 1960, après avoir écrit plusieurs livres sur sa vie. Son exécution a grandement contribué à lancer le débat sur la peine de mort aux États-Unis.
Stevens s'attache à décrire, dans un style très clinique, la psychologie tortueuse de Bishop. Cette immersion dans la tête du tueur est d'ailleurs ce qui m'a plu dans ce roman. 
Mais l'auteur s'applique également à décrire les points de vue de tous ceux qui touchent de près ou de loin à cette affaire : politicien, journaliste, policier. Et c'est là que je n'ai pas croché. Je perdais le fil, je m'emmêlais dans les personnages, je devais relire plusieurs fois les mêmes passages... Tout y est très, voire trop détaillé pour moi. Je m'ennuyais, je n'avais pas forcément envie d'y revenir. Ce n'est pas la "faute" de l'écriture de Stevens, très soignée et fluide. Je pense vraiment que ce n'était tout simplement pas le bon moment pour me lancer dans cette lecture, et il n'est d'ailleurs pas impossible que j'y revienne un jour, quand je serai dans un meilleur état d'esprit. Et là on peut se demander "Mais dans quel état d'esprit faut-il être pour se lancer dans une lecture aussi violente et sordide?". Et bien je vous laisse méditer là-dessus... :)

mercredi 7 juin 2017

Chers monstres, Stefano Benni


Couverture de Chers monstres, Sefano BenniJ'adore les nouvelles. Comme je lis surtout dans les transports en commun (pour des trajets de 20 minutes en moyenne) et le soir avant de m'endormir, ce format me permet de pouvoir lire une histoire en entier, sans être frustrée de devoir fermer mon livre au milieu d'un chapitre car j'arrive à destination ou que je subis une attaque de paupières!

Les 25 nouvelles de ce recueil explorent différentes facettes de la peur. Les "monstres" ici ne sont pas toujours ceux que l'on croit et prennent des formes variées et inattendues : celle du Wenge de la première nouvelle, bestiole étrange au contact de laquelle on libère nos pires instincts, adolescentes hystériques prêtes à tout pour assister au concert de leur idole, médecin peu scrupuleux, inspecteur des impôts sans pitié, amateur de chats en ragoût, consommateurs de prostituées robotisées... et j'en passe. 

25 nouvelles, 25 fables cruelles où l'on croise Michael Jackson, Dracula en prise avec l'administration, un chat détective, une égyptologue devenue l'instrument de vengeance d'une momie séculaire, Hansel et Gretel en enfants obèses et accros aux jeux vidéos, devenues les proies d'un réseau pédophile, des fabricants d'armes en manque de chair fraîche, la vierge Marie ou encore le diable lui-même. Chaque histoire a un style qui lui est propre : Benni revisite à sa manière le conte pour enfant, le film d'horreur ou le polar, dénonçant avec sarcasme les travers et l'absurdité de notre société.

J'ai particulièrement apprécié la nouvelle "Numéros", mettant en scène le gentil monsieur Zéphyr, vivant le cauchemar des hyper-connectés que nous sommes et dont la trame pourrait servir de scénario à un épisode de la série "Black mirrors". 

A la lecture de certaines nouvelles, je sentais planer l'ombre d'Edgar Allan Poe, un auteur dont j'apprécie particulièrement l'univers, mêlant fantastique et réalité. Quelle bonne surprise de le découvrir en héro d'une des histoires, "L'homme des tableau", où Benni nous offre sa version des derniers instant de Poe, se basant sur les faits plus ou moins avérés autour de sa mort. 

J'ai beaucoup aimé déceler toutes les références à ces "monstres" de la culture populaire et la façon dont l'auteur revisite à sa sauce leur histoire, les mettant en scène dans des récits mêlant réalité, absurde et fantastique. 

Impossible de lister ici toutes les nouvelles ou les personnages qui m'ont plus au fil de ma lecture, le mieux que je puisse faire c'est vous encourager à les découvrir par vous-mêmes!