lundi 29 mai 2017

Le sourire de Gary Cooper - Sophie Pujas


Couverture de Le sourire de Gary Cooper, de Sophie PujasCette semaine, je vous propose un voyage express à Hollywood, aux débuts du cinéma. Une plongée dans le star-system de l'époque, où, déjà, les carrières des acteurs se faisaient et se défaisaient au gré de leurs frasques, relayées par les journaux à scandales. 

Voilà un livre court et percutant, à l’image de la carrière de son héroïne, l’actrice des années 20 Clara Bow. Qui se souvient d’elle aujourd’hui ? À vrai dire, je n'en avais jamais entendu parler avant d'entamer cette lecture. Première «It-girl», star du muet et croqueuse d’hommes, elle fut aussi l’une des premières victimes de « la machine à broyer les êtres », Hollywood. Issue des faubourgs miséreux de Brooklyn, Clara s’est hissée au plus près des étoiles de l’époque (Gary Cooper et Victor Flemming ont compté parmi ses amants ; elle suscita l’admiration de F. Scott Fitzgerald), s’entourant d’une aura scandaleuse et sulfureuse qui lui fut fatale. L’actrice quitte la lumière des plateaux à l’âge de 28 ans, écrasée par l’arrivée du cinéma parlant et salie par la presse « people » de l’époque, déjà prompte à traîner dans la boue ceux qu’elle avait un jour encensés.  

Dans un style enlevé, Sophie Pujas nous fait connaître cette star oubliée en nous dressant le portrait attachant d’une femme qui a payé bien cher le prix de sa liberté. A la lecture de ce roman, on ne résiste pas à l’envie de faire quelques recherches pour découvrir le visage à l’expressivité extraordinaire de celle qui a servi de modèle à une certaine Louise Brooks.

Malgré ses côtés agaçants, je me suis, au fil des pages, attachée à cette jeune femme rebelle et pleine d'audace, qui a tracé sa voie comme elle l'entendait, au mépris des qu'en dira-t-on. L'auteur rend très bien compte de l'atmosphère de cette époque que j'aime beaucoup, où l'on s'amuse avec frénésie au son du charleston ou du jazz. J'adore le style et l'esthétique de ces années folles, où les femmes se "dévergondent" en portant robes courtes et cheveux coupés à la garçonne. M'y replonger en lisant ce livre et en fouillant le net à la recherche de photos ou d'extraits des films de Clara n'ont fait que renforcer mon plaisir. 

lundi 22 mai 2017

Les garçons de l'été, Rebecca Lighieri

Couverture de Les garçons de l'été, de Rebecca LighieriUn titre qui sent bon le sable chaud, sonnant comme une bouffée d’air frais, un air de vacances. Je me suis lancée dans ce livre à l'aveuglette sans lire la 4ème de couverture, seulement attirée par le titre qui semblait promettre une histoire légère et rafraîchissante. Et c’est effectivement comme cela que tout commence : Zachée et Thadée, deux frères radieux issus d’une famille bourgeoise bien comme il faut de Biarritz, se retrouvent à la Réunion pour s’adonner à leur passion, le surf. Et puis l’accident : un requin mutile l’ainé, Thadée, le privant de sa jambe et de l’existence insouciante à laquelle il aspirait. A partir de là, tout se déglingue. Le roman bascule dans le thriller, teinté d’une subtile dose d’horreur. 

Chaque chapitre donne la voix à l’un des personnages, qui livre ainsi au lecteur ses pensées et ses intentions les plus obscures, dévoilant sa vraie nature. Les conventions sociales volent en éclats, le vernis de cette famille à priori parfaite s’écaille, pour révéler peu à peu une vérité sombre et poisseuse.

On est loin de l'idée que je m'en étais faite, mais il y a tout ce que j'aime dans ce roman... Des personnages tous plus tordus les uns que les autres carrément flippants, un final glauque à souhait. Non, non, je ne suis pas tordue, mais je dois avouer que ce genre d'histoire qui tourne à l'horreur me rend totalement accro! Un scénario parfait pour une future adaptation cinématographique... 

mercredi 17 mai 2017

Le gang des rêves - Luca di Fluvio

Couverture de Le gang des rêves, Luca di Fulvio

J'ai mis du temps à me lancer dans cette lecture. Je l'avoue, le nombre de pages m'a longtemps retenue. Je craignais de me trouver face à une histoire trop exigeante pour mon esprit qui avait plutôt envie de lectures légères et sans prise de tête à cette période. J'y suis allée un peu à reculons, le sujet ne me passionnant pas a priori. Et bien... cela a du bon parfois de se bousculer un peu et quel bonheur de se faire surprendre comme ça!


Alors oui, c’est un pavé (715 p.)! Mais promis, vous ne verrez pas le temps passer. Vous vous surprendrez même, à mesure que défilent les pages, à tenter de faire durer le plaisir de cette lecture. Et arrivés à la fin, vous éprouverez cette nostalgie que l’on ressent lorsque l’on doit prendre congé d’un ami. On traîne un peu, on se rassied un instant, on repousse le moment de dire « au revoir » et le moment venu on se dit « à très vite, d’accord ? ». Ça tombe bien, il s’agirait du premier tome d’une trilogie…

C’est un roman-fleuve où l’on suit le destin d’une famille d’immigrés, débarqués d’Italie dans l’espoir de toucher au rêve américain, dans les années 20. On accompagne Christmas, Ruth, Cetta, Sal, Santo, Joey, Rothstein, Lepke, Bill, Karl, Cyril, les Isaacson, une galerie de personnages vivants, attachants de par leurs qualités, leurs faiblesses, leur humanité désarmante.

Un livre dur, où aucun personnage n'est épargné. Dès le départ, le décor est posé : Christmas, héros de l'histoire, est le fruit d'un viol. Sa maman, Cetta, se prostitue pour subvenir à leurs besoins. Viol, trahison, tuerie, larcins, trafics en tout genre constituent la toile de fond de cette saga. Cela pourrait virer au pathos, mais la débrouillardise et la gouaille des personnages nous portent au fil des pages, et l'on passe du rire au larmes avec jubilation. C'est une boîte de Pandore que l'on ouvre en lisant cette histoire : on y trouve tous les maux du monde. Mais c'est bien l'espérance qui guide Christmas et sa clique et éclaire leur chemin. 

Le gang des rêves est le roman de l’amour et de l'amitié, de la mort et de la misère ; c’est le roman du New York du début du XXème siècle ; le roman du théâtre et du cinéma, de l’essor d’Hollywood et des premières radios libres. C’est un roman énorme, pas seulement par son nombre de pages, mais par la multitude des thèmes abordés et les émotions qu’il fait naître. 

mardi 16 mai 2017

L'autre qu'on adorait, Catherine Cusset

Couverture de L'autre qu'on adorait Catherine Cusset
Dans ce texte qui s’apparente à une oraison funèbre, Catherine Cusset nous dresse un portrait sans filtre de cet « autre qu’on adorait », Thomas, ami et ancien amant de l’auteur, qui s’est suicidé.

Quels sont les faux pas et les maladresses qui ont fait glisser le garçon promis à un bel avenir vers cet homme qui décide d’en finir à l’aube de ses 40 ans ? Nous suivons sa trajectoire, ses succès transformés en échecs, ses histoires d’amour avortées, ses déconvenues professionnelles, ses excès de confiance et ses accès de doutes. Thomas est « trop » : trop beau, trop sûr de son talent, trop naïf, trop passionné, trop maladroit, traversant des phases d’euphorie exaltée, suivies de longues périodes d’errance et de désespoir. Peu à peu, tout comme son entourage impuissant, nous le voyons glisser vers une zone d’ombre dont il ne sortira pas.

Un roman qui m'a bouleversée et que j'ai adoré malgré (ou à cause de?) la cruauté de son contenu. La fragilité de Thomas, ses failles,ses excès, tour à tour agaçants et attendrissants ont résonné en moi longtemps après avoir tourné la dernière page. L'auteur s'adresse à cet autre en utilisant le "tu", comme s'il était encore parmi nous, comme si elle lui adressait une dernière lettre. Cette particularité stylistique peut déconcerter de prime abord et rendre la lecture un peu difficile, mais on s'y habitue très vite. Elle contribue également à créer une proximité entre Thomas et le lecteur, ce qui rend cet ouvrage encore plus poignant. Il s'agit du premier livre de Catherine Cusset que j'ai lu, et j'ai eu envie de découvrir les autres écrits de cette auteur.