mardi 15 août 2017

Régis, James Osmont

Couverture de "Régis", de James Osmont

J'ai découvert ce livre lors d'une de mes visites sur Babelio. Cela va peut-être vous surprendre, mais la couverture m'a immédiatement attirée. Attirée ou hypnotisée, allez savoir. Toujours est-il que je l'ai trouvée... affreusement belle. Elle nous confronte à une figure inquiétante, qui semble suspendue entre deux mondes, plus tout à fait vivante mais pas encore morte. Je peux vous dire sans trop en dévoiler qu'elle est à l'image du contenu, à la fois dérangeant et prégnant. 

Écrit et auto-édité par un infirmier en psychiatrie, ce roman est une plongée dans l'esprit  torturé de Régis, schizophrène de 32 ans, qui a passé la majeure partie de sa vie dans un hôpital psychiatrique. Nous suivons le cheminement paranoïaque de ses réflexions, alimentées par sa vision déformée de la réalité et rythmées par les chansons désabusées qu'il écoute en boucle.

Le récit est entrecoupé de flash-backs, qui lèvent le voile sur le passé de Régis, son enfance malheureuse dans une famille où les claques remplaçaient les marques d'amour, le crime atroce qui a scellé son destin ou encore le lien sordide qui l'unit à l'étrange Prédateur, pensionnaire occasionnel de l'hôpital psychiatrique. On partage également le quotidien du personnel soignant : Sandrine, l'infirmière entièrement dévouée à son métier, l'Étudiante, obsédante et voyeuriste, le Dr D'Arc, plus attaché au protocole qu'au mieux-être de ses patients. Une ronde de personnages désenchantés, qui nous entraînent dans une danse bien macabre. On en vient parfois à se demander, qui, des malades ou des soignants, sont les plus dysfonctionnels. 

C'est un roman brut, qui marque, incontestablement. Régis et les autres protagonistes sont, chacun à leur façon, d'une noirceur désespérante, et ce voyage dans les méandres les plus sombres de l'esprit humain est une réussite.
Cependant, il m'a laissé un goût d'inachevé. J'aurais aimé en savoir plus sur les personnages... Mais je ne vais pas trop m'attarder sur cet aspect, car il s'agit ici du premier tome d'une trilogie. Le deuxième porte le titre de "Sandrine", ce qui laisse penser que l'on en saura enfin plus sur l'infirmière qui apparaît dans ce premier volume. 

La particularité stylistique de ce roman réside dans les multiples références musicales qui ponctuent le récit. En effet, l'auteur a pris le parti d'y insérer de nombreuses paroles de chansons, qui constituent la bande-son du livre. Ces chansons font évidemment écho à l'état d'esprit de Régis (et inversement), contribuant à renforcer l'ambiance anxiogène. Je comprends bien la volonté de l'auteur. Mais malheureusement, ces passages ne m'ont pas parlé : je ne connaissais aucun de ces groupes (hormis Woodkid et Pink Floyd), pour la plupart issus de la scène hardcore. Ce genre musical faisant naître en moi une sensation de malaise presque physique, je n'ai eu aucun mal à imaginer leurs effets sur l'esprit fragile de Régis. Mais je dois avouer qu'ils me faisaient parfois perdre le fil, m'ennuyaient, et qu'à la fin j'ai fini par sauter ces passages, tout en étant consciente de leur importance... 

J'ai été un peu déçue non pas du livre en lui-même, mais de ne pas avoir réussi à rentrer dans l'histoire aussi intensément que je l'aurais voulu. Cela dit, la curiosité de découvrir la suite est bien présente, et les deux volumes suivants sont sur la liste de mes prochaines lectures.

Je ne l'ai pas fait, mais si vous en avez la possibilité, ce serait une bonne idée de vous perdre dans l'univers de Régis en écoutant la bande-son en parallèle. 


lundi 7 août 2017

Au coeur de l'été, Viveca Sten

Couverture de "Au coeur de l'été", de Viveca Sten
Si j'avais su... j'aurais lu les précédents romans de Viveca Sten avant de me lancer dans "Au cœur de l'été". Si vous ne connaissez pas encore cette auteur suédoise, que l'on présente comme la concurrente de Camilla Läckberg, je vous conseille de lire ses précédents romans, avant d'attaquer celui-ci. En effet, il s'agit de la 5e enquête de l'inspecteur Thomas Andreasson. Ce polar peut tout à fait se lire indépendamment des 4 précédents : on comprend aisément les relations qui unissent les différents personnages, mais voilà... je crois que je suis devenue accro et je meurs d'envie de faire plus amples connaissances avec Nora, Jonas, Thomas et les autres. Je trouve toujours un peu frustrant de prendre une série en cours... Je me dis qu'il va falloir que je comble mes lacunes, tout en sachant très bien que je n'aurai probablement pas le temps de le faire si je veux lire tous les autres livres qui m'attendent ! 

Cet opus a pour toile de fond la fête de la St Jean, célébration nordique marquant le début de l'été. Il s'agit également, pour tout adolescent qui se respecte, d'organiser la beuverie du siècle, au cours de laquelle il pourra s'adonner aux joies de l'alcool, du sexe et pourquoi pas de la drogue. Au mieux, il s'en sortira avec une belle tête dans le c.., au pire, il ne s'en sortira pas, à l'image de Victor, ce jeune homme retrouvé mort le lendemain de la fête....

Sans révolutionner le genre et en partant d'un fait divers plutôt banal, Viveca Sten mêle pourtant avec succès vie quotidienne et enquête policière, pour nous livrer ici un véritable "page turner" complètement addictif ! 
J'ai apprécié les chapitres courts, voire très courts, qui rythment agréablement ce polar. On passe d'une situation à l'autre de manière fluide, sans jamais s'ennuyer ni perdre le fil. Chaque personnage nous livre sa version des faits, apportant sa contribution à la construction de l'intrigue. Fausses pistes, témoignages tronqués, retournements de situation, tout est réuni pour nous dérouter habilement jusqu'au dénouement final, que je n'avais pas anticipé. 

L'auteur parvient également à créer une véritable "ambiance" et un univers tout à fait crédible et convaincant. C'est avec ravissement que je me suis laissée immerger dans l'atmosphère à la fois paisible et inquiétante de cette île, captivée par le déroulement de l'intrigue. Je me suis attachée aux personnages, j'ai tremblé avec et pour eux, j'ai partagé leur quotidien et leurs inquiétudes, mes émotions se calquant sur les leurs. Je n'ai portant pas poussé le vice jusqu'à manger la même chose qu'eux, les habitudes culinaires suédoises me laissant plutôt sceptique, pour celles que j'ai découvertes dans ce livre :) . 

Pas de crimes sanglants ni d'effusions de sang dans ce roman, mais plutôt une enquête tout en psychologie et en finesse. Viveca Sten malmène de sa plume percutante la jeunesse dorée et désabusée de Sandhamn, pour mettre en lumière la question qui taraude beaucoup de parents : connaissons-nous vraiment nos enfants? (la réponse est non, évidemment...)


mardi 1 août 2017

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, Virginie Grimaldi


C'est le deuxième roman de Virginie Grimaldi que je lis (j'ai lu l'année passée "Tu comprendras quand tu seras plus grande", que j'ai beaucoup aimé) et c'est la deuxième fois que je ressors de l'histoire agréablement surprise. Les deux fois je m'attendais à de la "chick lit", à un roman feel-good tout léger et rafraîchissant, parfait pour passer un agréable moment au bord de la piscine. Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis pour nous "tromper" : le titre à rallonges un peu gnangnan, une couverture acidulée qui évoque l'été et la détente, une 4ème de couverture qui laisse présager d'une histoire sans grande originalité. Mais ce serait bien trop réducteur de caser Virginie Grimaldi dans cette case tout étriquée. 

L'un des thèmes abordé dans ce livre me touche tout particulièrement et cela n'est sans doute pas étranger aux émotions que j'ai pu ressentir. Certains passages ont tellement résonné en moi et les similitudes avec mon vécu étaient si fortes que ce fut parfois douloureux de continuer la lecture et que j'ai failli abandonner. L'auteur m'avait déjà émue aux larmes avec "Tu comprendras quand tu seras plus grande", ici ce fut carrément les chutes du Niagara, et vraiment je ne m'y attendais pas. 

Pour la petite histoire : Pauline aime Ben, mais Ben n'aime plus Pauline. Depuis que son mari lui a dit "Je ne t'aime plus", le monde s'est arrêté de tourner pour Pauline, forcée de retourner vivre chez ses parents avec son fils Jules. Un jour, bien décidée à raviver la flamme dans le cœur de Ben, elle décide de lui écrire un souvenir de leur histoire par jour, afin de lui rappeler leurs bons moments. Je m'attendais à lire l'histoire d'un amour qui se termine, une reconquête et un happy end. Mais il se trouve que cette plongée dans le passé va également réveiller des souvenirs douloureux, que Pauline s'était efforcée de refouler.

Ce n'est donc pas seulement l'histoire d'un amour que la vie a usé, mais celle d'une femme blessée, qui en voulant reconquérir son mari va se retrouver elle-même, panser ses plaies, et "accepter "son passé pour mieux se tourner vers son avenir. Et en filigrane, cette leçon : on peut traverser les mêmes épreuves ensemble, et en avoir une perception toute différente.

Le style de Virgnie Grimaldi est fidèle à ce que j'avais trouvé avec son précédent roman : des phrases bien tournées et ponctuées d'humour... qui manquent parfois un peu de naturel. En effet, par moment je trouve cela un peu "forcé" et un peu trop travaillé. Cela se lit très facilement mais pourrait finir par me lasser à la longue.

En dehors de ce petit défaut, tout le reste m'a vraiment réjoui : les personnages sont attachants et émouvants, tantôt agaçants, tantôt désarmants. Chacun a ses faiblesses et ses ressources, qui se révèlent au fil du récit. J'ai été touchée par la solidarité qui unit chaque membre de cette famille imparfaite et cabossée par la vie, et qui parvient à dépasser les désaccords et les vieilles rancœurs.

Pour la petite anecdote, ceux qui ont lu son précédent roman apprécieront sans doute la petite apparition de Marine et Greg, tout juste mariés et en voyage de noces.

Plus d'une fois lors de ma lecture j'ai eu peur que l'auteur ne glisse dans la sensiblerie et la facilité, mais à chaque fois elle parvient à rebondir très justement et à nous émouvoir sans en faire des tonnes. 

Alors non, ce n'est pas un roman feel-good et je n'en suis pas ressortie avec le moral au beau fixe, au contraire. Mais il nous rappelle que la vie peut toujours reprendre le dessus et que "Ce n'est pas parce que ça ne finit pas comme on le veut que ça finit mal."

lundi 24 juillet 2017

L'adoption 1 et 2, Zidrou et Arno Monin

Couverture de "L'adoption, tome 1"Couverture de "L'adoption, tome 2"


Dans le cadre de mon métier, je suis amenée à faire des achats de bandes dessinées. J'en lis trop rarement à mon goût, non par manque d'intérêt mais par manque de temps. Ces achats sont donc pour moi l'occasion de belles découvertes, principalement dans le secteur de la BD adultes. 

Lors de ma dernière session d'achats, je me suis laissée tenter par "L'adoption", sur les conseils du libraire. 

Il s'agit de l'histoire, en deux volumes, de Qinaya, petite fille péruvienne de 4 ans adoptée par un couple français. Elle doit trouver sa place dans cette nouvelle famille et ce nouveau pays dont elle ne maîtrise ni la langue ni les coutumes. Mais c'est aussi et surtout l'histoire de Gabriel, grand-père bourru, plutôt désemparé face à ce petit bout de chou. Peu à peu l'un et l'autre vont s'apprivoiser et Gabriel ne va pas tarder à se transformer en papy gâteau. 



Je pensais que le scénario s'en tiendrait à cela : un vieil homme bougon qui se découvre un cœur tout mou face à ce petit rayon de soleil. Traitée avec sensibilité et douceur, la relation entre Gabriel et Qinaya se construit tout au long du premier volume. J'ai beaucoup aimé les dessins, tantôt drôles, tantôt touchants, et j'ai fondu devant les mimiques adorables de cette petite fille. Mais voilà, toutes les histoires ne connaissent pas un happy end et on achève le premier tome les larmes aux yeux. On est soulagé de lire "à suivre", plein d'espoir de voir les choses s'arranger. 

Espoir qui s'éteint bien vite, dès les premières pages du 2ème tome. Plus sombre, il est centré sur la quête de Gabriel. Une quête intérieure, pour trouver la force de continuer, d'accepter et de pardonner. Un voyage au Pérou où rien ne se passera comme il l'aurait voulu, où les désillusions se succèdent, mais qui lui permettra de se reconstruire pour mieux se retrouver et retrouver les siens. 

Cette bande dessinée m'a prise aux tripes et m'a beaucoup remuée. Je sens les larmes monter rien qu'en y repensant. J'avoue avoir été déroutée par la tournure qu'a pris l'histoire. J'espérais une fin heureuse. Mais c'est finalement cette fin à l'opposé de mes attentes qui en fait toute la qualité et tout le charme. Une bande dessinée tendre et émouvante, qui parvient à traiter de thématiques graves avec beaucoup de subtilité et sans tomber dans le pathos. 

mardi 18 juillet 2017

Au fond de l'eau - Paula Hawkins

Couverture de "Au fond de l'eau", de Paula HawkinsGrande consommatrice de polars, je me tourne souvent vers ce genre quand je suis en manque d'inspiration dans mes lectures. Il m'arrive même de ne lire que ça pendant une longue période. 
J'avais vraiment beaucoup aimé "La fille du train" à sa sortie (dont je viens d'ailleurs de visionner le film hier soir), ce fut une belle surprise de découvrir la sortie du nouveau livre de Paula Hawkins. 

Au fond de l'eau, il y a des femmes. Maudites, détestées, incomprises, torturées, assassinées ou suicidées. Mais qu'est-ce qui les poussent, depuis des décennies, à se jeter dans ce Bassin aux Noyées, qui fait la légende du petit village de Beckford? Lorsque Nel y est retrouvée noyée, sa sœur Jules est contrainte de revenir dans le village de son enfance, pour l'enterrer. Forcée de se confronter aux démons de son passé et à l'hostilité de sa nièce désormais orpheline, Jules se retrouve également au cœur de l'enquête mise en place pour résoudre le mystère de la mort de sa sœur.   

Paula Hawkins s'avère très douée pour créer des personnages tout en finesse et en contraste. Chacun a sa propre histoire, qui lui confère complexité et crédibilité. Comme dans son précédent livre, les femmes sont à l'honneur : originales, marginales, victimes ou dérangeantes, quelque soit leur tempérament, l'auteur semble éprouver une réelle empathie pour ses héroïnes. Et les hommes ? Ils ne sont pas en reste non plus, souvent cruels, lâches et misogynes. Mais on ne se cantonne pas à la dichotomie victimes féminines versus bourreaux masculins. Tout comme dans "La fille du train", les femmes reprennent le dessus et c'est à travers elles que la vérité éclatera. 
L'enquête policière est captivante, mais face à la richesse de ces personnages, elle passerait presque au second plan. Je me suis surprise plusieurs fois à lire rapidement les passages centrés sur le travail des enquêteurs pour m'attarder plus longuement sur ceux traitant du passé ou des relations entre les protagonistes.

Le premier roman évoluait au rythme des voyages en train. C'est ici le cours de la rivière, omniprésente et envoûtante, qui nous emporte dans l'histoire et on se laisse ensorceler avec délice. Le rythme est plutôt lent ; l'auteur prend son temps pour créer un décor et poser une ambiance pesante, totalement au service de l'intrigue.

Il s'agit d'un roman polyphonique, ce que j'apprécie particulièrement. Cependant, les personnages sont TRÈS nombreux et j'ai mis beaucoup de temps à cerner "qui est qui" et à me souvenir du rôle de chacun. Mais on finit par se laisser emporter par l'histoire et le style très fluide.

Un thriller psychologique qui ne révolutionne pas le genre, mais Paula Hawkins nous offre ici un roman de très bonne qualité. Je vous encourage fortement à plonger dans les eaux sombres de cette intrigue bien ficelée, entre secrets enfouis, non-dits et mensonges. 

mardi 11 juillet 2017

J'ai toujours cette musique dans la tête - Agnès Martin-Lugand

Couverture de J'ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand
Parce que de temps en temps, une petite lecture "feel-good" fait, comme son nom l'indique, du bien à la tête, je me suis dernièrement plongée dans "le dernier Martin-Lugand". 

La vie de Yanis et Véra semble plutôt bien rodée pour ce couple à la quarantaine resplendissante : ils sont fous amoureux, parents de trois enfants épanouis, et propriétaires de leur bel appartement parisien. Un cliché de rêve américain à la française, avec ce couple trop parfait pour être crédible, dont la description frôle la niaiserie. Seule ombre au tableau, Yanis, architecte autodidacte, étouffe dans son poste actuel, où il travaille sous la houlette de son beau-frère Luc, architecte confirmé et frère de Véra. Lorsque l'opportunité de laisser libre cours à sa créativité se présente en la personne de Tristan, mécène providentiel et énigmatique, Yanis n'hésite pas : il démissionne et se lance à corps perdu dans le chantier de sa vie, qui devrait être le tremplin d'une brillante carrière à venir. Mais bien sûr, ce n'est que le début des ennuis, car, comme on le sait bien, "quand c'est trop beau pour être vrai c'est que... c'est trop beau pour être vrai".

Alors inutile de mentir, j'ai lu ce livre à grande vitesse et il a rempli sa mission "détente du cerveau" à la perfection. Mais le constat est décevant et sans surprise. Le dénouement est couru d'avance et les rebondissements n'en sont pas, tant ils sont prévisibles. La première partie souffre de longueurs et de répétitions inutiles, tandis que la deuxième est trop précipitée. Les personnages manquent de nuances : tous auraient pu gagner en profondeur s'ils n'avaient pas été aussi clichés. On n'échappe pas non plus à une fin manichéenne, bâclée et peu crédible.

Avec "J'ai toujours cette musique dans la tête", on nous propose tout ce l'on attend de ce genre de romans (et également tout ce qu'on peut leur reprocher). Mais à chaque fois, je ne peux m'empêcher d'espérer un peu plus de "folie" : un peu de recul et d'humour par exemple, ou du 2ème degré... Il est possible de faire de la littérature de détente, sans forcément prendre le lecteur par la main pour lui indiquer quand rire, quand pleurer et quelle leçon tirer de sa lecture, non ? À force de proposer des romans formatés pour plaire au plus grand nombre, on produit des livres bourrés de clichés, qui finissent par tous se ressembler. Combien de fois j'ai pu dire ou entendre "Ah oui, Machin Chose, j'aime bien, mais quand tu as lu un de ses livres, tu les as tous lus, c'est toujours pareil". Comme si nous, lecteurs, n'étions pas capables de penser par nous-mêmes, on nous dit, à grands renforts de procédés stylistiques grossiers, quoi ressentir et à quel moment, grâce à une belle dose de bons sentiments, propres à déclencher les émotions sur commande. On indique qui sont les bons et les méchants, en créant des personnages caricaturaux, creux et sans profondeur. Les thématiques sont abordées de manière souvent superficielle et simpliste, quelle que soit leur gravité. Sans parler du style d'écriture en lui-même, qui s'avère la plupart du temps sans originalité et très basique. 

Il n'y a pas de mal à se faire du bien et à céder à la tentation, je suis la première à le faire et j'y prends même un certain plaisir, parfois un peu coupable, parfois totalement décomplexé. Mais force est de constater que ces lectures sont en général oubliées aussi vite qu'elles ont été lues. Enfin, c'est un long débat...

Un livre à lire pour se détendre l'esprit donc, mais à éviter absolument si l'on est en quête d'une histoire et/ou d'un style non conventionnels, qui nous emmènerait hors des sentiers battus.

mardi 4 juillet 2017

Chanson pour septembre - Isabelle Lortholary

Couverture de Chanson pour septembre, Isabelle Lortholary
Tombée sur ce livre par hasard au gré de mes pérégrinations sur e-bibliomedia, j'ai été attirée par son titre évoquant pour moi la nostalgie qui, enfant, nous serre le cœur et le ventre à la fin des vacances, lorsqu'il faut reprendre le chemin de l'école et que l'on se dit que "c'est déjà fini". Je ne suis plus une enfant, pourtant je ressens toujours la même chose aujourd'hui, à chaque rentrée de septembre d'août. Même si mon enfant n'est pas en âge d'aller à l'école. Même si je n'ai plus de grandes vacances. Allez comprendre...

C'est un peu de cela dont il est question dans ce roman. Nous sommes bien à la fin de l'été en cette journée du 7 septembre 1975, dans le Sud de la France. Les vacances se terminent, les vacanciers désertent peu à peu le village pour rentrer chez eux.

Avec beaucoup de sensibilité, l'auteur a choisi de décrire cette journée particulière ainsi que ses conséquences sur le destin des personnages. Une journée de grandes révélations et de bouleversements, où fin des vacances rime avec fin de l'insouciance. A l'image de cette falaise qui surplombe le village, ce sont les attentes et les illusions de chacun qui s'effritent et menacent de s'effondrer. Ainsi, bien malgré elle, la petite Luce se retrouve confrontée à la duplicité des adultes lorsqu'elle découvre le vrai visage de son père Robert, qu'elle idolâtrait jusqu'alors. Luce et Robert donc, mais aussi Diane, à peine rentrée dans l'adolescence, Solange la boulangère commère du village, Aline l'apprentie coiffeuse, la douce et gentille Nicole, ou Irène la mère de famille délaissée : personne ne semble se sentir à sa place ; tous aspirent à quelque chose de meilleur, mais chacun devra composer avec ce que leur vie, la vraie, leur réserve. Pour chacun d'entre eux, il y aura un "avant" et un "après" été 1975.

L'auteur utilise un procédé original et dynamique pour nous faire rentrer dans la tête de ses personnages. On attrape leurs pensées au fil de leur apparition dans notre "champ de vision", au gré des mouvements d'une caméra qui se braquerait sur eux pour leur donner la parole. J'avais l'impression d'être une mouche, qui volette de l'un à l'autre, saisissant au passage leurs questionnements et leurs tourments intérieurs. On s'attendrit du regard encore naïf de Luce sur le monde qui l'entoure, on partage les angoisses de Nicole, qui sent son corps la trahir, les fantasmes hollywoodiens de Solange, les états d'âmes d'Irène, et nos pensées s'envolent en même temps que celles de Robert, vers sa maîtresse restée à Paris.

Avec sa plume délicate, Isabelle Lortholary retranscrit admirablement bien la chaleur écrasante de cette fin d'été, l'après-midi qui s'étire dans une douce torpeur, ou le désœuvrement de cette petite fille, poussée par l'ennui à braver les interdits. A travers ses mots et son style très personnel, on parvient à sentir aussi bien la douceur de ces moments que le poids des événements qui vont marquer les personnages, les éloigner ou les réunir. L'histoire de la vie en somme, décrite avec beaucoup d'humilité et d'humanité.